Sgen-CFDT Hautes-Pyrénées

Syndicat Général de l'Education Nationale

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L’analyse de P. Frackowiak sur la colère des PE.

le 4 février 2013


- Cet IEN avait été menacé de sanctions par De Robien en 2006 pour avoir pris position dans la polémique sur les méthodes de lecture. Les procédures de sanctions avaient été suspendues suite à un soutien syndical et professionnel très important.

 Refondation : pour Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire, le gouvernement a oublié de « faire confiance aux enseignants » 
 
 
Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire
 
© Ligue de l’Enseignement
« Peut-être que pour refonder, il faudrait d’abord bousculer la pyramide, rappeler qu’elle a une base et que la base est capable de grandes choses si on lui fait confiance, si on la soutient et l’accompagne en valorisant le positif qui seul permet de construire du mieux », écrit Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire, dans un tribune datée du 29 janvier 2013 et dont AEF a eu copie. « S’il y a bien eu concertation au niveau national, avec les responsables syndicaux nationaux, à aucun moment, et encore aujourd’hui, personne n’a jamais pensé qu’il fallait des concertations à la base entre les enseignants, les parents, les élus, qu’il était possible de faire appel à l’intelligence collective avant de faire dégringoler des textes du haut de la pyramide, que les équipes étaient parfaitement capables dans un climat de confiance d’élaborer des projets, de faire des propositions avant que la machine administrative et ses usines à cases ne se mette en marche forcée », déplore l’inspecteur honoraire.

 Mais « comme toujours, on a pris les problèmes à l’envers, persuadé que rien ne peut venir hors des relations verticales descendantes et que les relations réciproques ou horizontales sont du temps perdu », souligne l’inspecteur honoraire.

ÉLABORATION DE PEDT : « LES DASEN NE SONT PAS COMPÉTENTS »
 « Recteurs et Dasen viennent de se réveiller », estime Pierre Frackowiak. « Pour garder la maîtrise du système, ils proposent leurs services aux élus, ignorant complètement les mouvements d’éducation populaire et le secteur associatif en général, leur proposant même de les aider à mettre en place des projets globaux pour lesquels ils ne sont pas compétents, emprisonnés qu’ils sont dans le scolaro centrisme traditionnel », reproche l’inspecteur honoraire. 
« Dans le Pas-de-Calais, le Dasen va organiser six réunions décentralisées, la première aura lieu le 6 février, mais il n’invite que les maires, pas les mouvements d’éducation populaire, et il se propose d’être pilote. C’est pour moi un grand danger, car les Dasen ne sont pas compétents pour parler de PEDT [projets éducatifs de territoire] », indique à AEF Pierre Frackowiak jeudi 31 janvier 2013, « sauf à vouloir rester dans un modèle dans lequel il y a l’école puis à côté quelques gadgets périscolaires. » Concernant les PEDT, Pierre Frackowiak appelle de ses vœux un « autre type de pilotage, plus ouvert » aux associations et aux collectivités notamment. « Or, aujourd’hui, on a l’impression que l’Éducation nationale veut s’emparer de ce dossier, qu’elle est là pour l’encadrer », étaye-t-il.
 Selon le décret « relatif à l’organisation du temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires », le Dasen « arrête l’organisation de la semaine scolaire », « après avis du maire ou du président de l’établissement public de coopération intercommunal intéressé » et « s’assure de la compatibilité de cette organisation avec l’intérêt du service et, le cas échéant, de sa cohérence avec le projet éducatif territorial élaboré conjointement par la collectivité, les services de l’État et les autres partenaires intéressés » (AEF n°
177913 <http://www.aef.info/public/fr/abonne/depeche/depeche_detail.php?id=177913&ea=1d955fd647f81b48c71ed0c51130601b> ).

 « ON RÉPARE, ON RAPIÈCE, SANS AVOIR CHANGÉ LE FOND »
 « Tachant de rattraper le retard pris dans la communication au peuple et aux enseignants, on sort un projet de décret par jour alors que les fondations n’ont pas été reconstruites sur un modèle nouveau », adresse-t-il au ministère. « On répare, on rapièce sans avoir changé le fond : finalités, objectifs généraux, programmes, méthodes, gouvernance, hiérarchie. On fait des annonces sans avoir rien fait pour rétablir le minimum de confiance nécessaire à la mobilisation des acteurs et sans avoir pensé que la refondation n’était pas possible sans avoir mis au point une pédagogie de la réforme et un programme de transformation du système incluant les questions fondamentales de gouvernance. »
« Il aurait pourtant été facile d’annoncer la suspension des programmes de 2008 qui ont été imposés brutalement, sans la moindre concertation, avec un autoritarisme débridé, et de donner une grande liberté aux enseignants pour reprendre ceux de 2002, pour expérimenter de nouvelles approches du savoir et en rendre compte, pour expérimenter », estime Pierre Frackowiak. « Il aurait été facile de suspendre pour trois mois le système d’inspection et de contrôle infantilisant et désuet pour demander aux inspecteurs d’accompagner positivement la réflexion collective », ajoute-t-il, estimant que « les enseignants ont besoin d’accompagnants bienveillants, d’ex-pairs-experts pour les aider à problématiser et à chercher, et non de contremaîtres ou de juges, de feuilles de route et d’incantations. 

« SOUFFRANCE ACCUMULÉE DES ENSEIGNANTS »
 « On a largement ignoré la souffrance accumulée des enseignants. La manière de fustiger leur opposition au passage à 5 jours, considérant que, dans l’intérêt des enfants, ce n’était pas dramatique de travailler 5 jours plutôt que 4, dans la mesure où le temps total était le même, le procès qui leur a été intenté au vu de leur action syndicale (1), ont considérablement accru leur rancœur mal comprise », s’inquiète Pierre Frackowiak. 

« Non, ce n’est pas pareil de travailler 4 fois 6 heures que 4 fois 5h15 + une fois 3 heures ». « Tous ceux qui ont un peu travaillé en école maternelle ou élémentaire savent que 45 minutes de moins sur la journée, cela ne ’se sent pas vraiment’, mais qu’une journée de plus à aller à l’école pèse lourd à un moment où l’exercice du métier est de plus en plus pénible et au terme d’une période d’autoritarisme, d’infantilisation, de pilotage pesant par les résultats, où les contrôles incessants et la paperasse envahissante ont fait des dégâts considérables sur leur moral », juge Pierre Frackowiak. 

« CONTINUITÉ IMPOSÉE DES POLITIQUES RÉGRESSIVES »

 « En imposant, à la rentrée de septembre, la continuité des politiques régressives précédentes, même les plus contestées, le ministère s’est privé d’un seul coup de l’opportunité de réconcilier les enseignants avec leur institution », analyse Pierre Frackowiak. Pour l’inspecteur honoraire, cette situation a « accru la défiance » des enseignants et a « sans aucun doute exacerbé les tendances au conservatisme et au corporatisme. Quand on ne se sent pas mobilisé, quand on n’est pas enthousiasmé, la tendance naturelle, humaine, normale est de se protéger et de protester contre les injustices dont on estime être victime », fait-il valoir.