Sgen-CFDT Hautes-Pyrénées

Syndicat Général de l'Education Nationale

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Enseigner une langue que l’on ne pratique pas...

le 16 novembre 2011


De nombreux enseignants du primaire sont inquiets, voire scandalisés face à la pseudo formation organisée par l’Education nationale pour "mettre à niveau" en anglais des maîtres qui n’ont que de lointains souvenirs de collège et lycée de cette langue..

 


Après la fermeture de 5.5 postes de contractuels langue qui enseignaient dans une centaine de classes du département, près de 60 classes du département se retrouvent sans maître en capacité d’enseigner une langue vivante. Une formation continue "accélérée" est donc proposée aux maîtres de ces classes.
Elle se déroule en 3 phases :
· - Une présentation de la méthode (payante) Cup of Tea.
· - Une première conférence pédagogique dite "de formation" de 6 heures avec recherches ultérieures sur internet pour avoir des séquences complémentaires.
· - Une deuxième conférence pédagogique dite "de formation 2" de 6 heures. 
 
Ces personnels peuvent-ils dire qu’avec ces 12 h de conférence ils vont "enseigner" l’anglais à leurs élèves ? Pour enseigner une langue vivante, il faut la parler correctement, posséder l’accent et le vocabulaire, les constructions grammaticales...
 
Il s’avère que dans ce dossier langue, l’essentiel pour l’Education nationale ne semble pas être la qualité de l’enseignement de la langue mais l’enquête statistique qui va pouvoir conclure à une généralisation de l’enseignement de l’anglais. Et ceci de préférence à coût zéro, c’est à dire avec les maîtres en place.
C’est pour cela que le budget 2012 prévoit la suppression de tous les postes budgétaires de contractuels langue, postes qui permettaient de financer un enseignement de qualité dans les groupes scolaires sans maîtres compétents.
 
Un seul problème : la conscience professionnelle des maîtres. Peut-on obliger un maître à enseigner une matière pour laquelle il n’a pas de compétence ? Peut-on obliger un maître à leurrer les parents d’élèves et...les élèves ? Notre réponse est non. Il est hors de question de rendre les maîtres seuls responsables face aux parents de cette faillite.
 
L’Education nationale doit assumer :
- son impossibilité d’offrir une formation continue qualifiante (et efficace) en langue vivante à tous les maîtres non linguistes.
- son incapacité budgétaire à continuer à utiliser des personnels ressources (contractuels, professeurs de langue...)
- ses déficiences auprès des usagers de l’école.
 
En conséquence, l’Education nationale doit reconnaître que des écoles ne sont pas en mesure d’assumer cet enseignement sous une forme satisfaisante pour tous et qu’elles doivent utiliser des supports compensatoires adaptés.
 
On pouvait penser que cette situation de non compétence de maîtres du premier degré allait diminuer et disparaître avec l’entrée dans le métier de professeurs des écoles linguistes... Rien n’est moins sûr pense l’Association des Professeurs de Langues Vivantes si on lit le site ministériel education.gouv.fr qui nuance très fortement sa volonté d’exiger le CLES 2 pour tous les lauréats d’un concours de recrutement de l’enseignement non spécialistes en langues. Le ministère analyse que l’exigence du niveau B2 du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL) est hors d’atteinte pour beaucoup de candidats aux concours actuellement en master et que donc nombre d’entre eux peuvent se voir pénalisés alors qu’ils auraient satisfait à toutes les autres épreuves. Pour le Ministère, de fait, cette exigence de certification est en train de devenir un obstacle au recrutement des enseignants... Il rappelle donc la possibilité pour beaucoup d’entre eux, en référence à l’article 6 de l’arrêté du 25 avril 2002 relatif au diplôme du master, de produire un simple relevé de notes en langue vivante qui pourra être retenu si ces notes ne sont pas compensées...(VOIR l’article de l’Association des Professeurs de Langues Vivantes sur le sujet)